1804 France ex. négociant de St Domingue pour négociant Philadelphie

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Lettre de 1804. L’auteur ('Emilte Sue'?) raconte à John M. Soullier qu’il a été capturé en mer par les Anglais, dépouillé et emprisonné à Plymouth avant d’être libéré sur parole et renvoyé en France.

Il évoque la ruine annoncée de Saint‑Domingue, la paralysie du commerce en France à cause de la guerre, et sa décision de ne reprendre aucune affaire avant la paix. Installé près de Nice, il décrit la région : climat doux, commerce modeste mais sûr, productions locales abondantes, échanges avec le Languedoc et le Piémont, et présence appréciée des Anglais en temps de paix.

Adressé à :

Monsieur John M. Soullier
de la maison Wacsmuth et Soullier Négt.
Philadelphia

 

A la Colle du Var, le 7 janvier 1804
Monsieur John M. Soullier(1) à Philadelphie

Je n’ai pu échapper, mon cher & bon ami, aux désagréments que j’apprendrai dans ma traversée de Norfolk en France. J’ai été pillé au mer par les Anglais ; conduit à Plymouth et jeté dans le fond de cale d’un ponton (2) parmi 3 à 400 matelots français, prisonniers de guerre après 40 jours d’une bien dure captivité, j’ai été renvoyé sur parole parlementaire arrive à Morlaix.

À mon arrivée ici, mon épouse avait reçu la lettre honnête et obligeante que vous avez eu la bonté de lui écrire en lui adressant la mienne de Norfolk. J’ai reçu moi-même depuis quelques jours celle du 1er  9bre en accompagnant deux autres à mon adresse que M. Bergar vous avait fait passer du Cap. Comment vous exprimer, mon cher & bon ami, la reconnaissance de ma famille et de la mienne en particulier pour tant de services que vous nous rendez de si bonne grâce.

Je pense que M. Bergar n’aura pas tardé de vous faire passer des fonds pour ma société ou d’arriver lui-même à Philadelphie. D'au lieu de ces deux  cas, je désire que vous ayez pu nous fournir de vos traits sur France.

Si la Guerre continue, la destruction ou l’expulsion du malheureux reste des habitants de Ste. Domingue est inévitable (3). Tout ce que vous avez appris sur le compte de ceux qui devaient les protéger est marqué au coin de la vérité. Heureux & mille fois heureux, malgré mes revers, de me trouver au soin de ma famille mieux que bien d’autres, je connais le prix de la paix et de la tranquillité.

La guerre a entièrement paralysé les affaires commerciales, sur toutes les places de la France & de celles de ses alliés. J’ai pu m’en convaincre dans le long trajet que je viens de faire entre Nantes, Bordeaux &c. par les nombreuses faillites qui continuent à avoir lieu sur tous les points, aussi suis-je décidé à n’entreprendre aucune affaire qu’à la paix. Étant dans l’intention de passer quelque temps dans ce village, mon pays natal ; sa situation est assez agréable, se trouvant à 3 lieux de Nice, 2 lieux d’Antibes & à 3 lieux de Grasse.

Le commerce de Nice ne présente pas de bien grandes ressources, cependant ceux qui ont des fonds disponibles peuvent les faire valoir avec quelque avantage et surtout avec sûreté, connaissant les affaires de toutes les maisons (la banque, la commission et la spéculation sur les denrées étrangères et des pays occupés occupant une quantité de maisons) Cette contré fournit d’excellents vins, de l’huile en abondance & d’une quantité estimée, beaucoup de fruits dont on fait un grand commerce dans l’intérieur tels que citron, oranges, figues sèches &c. Nous envoyons la majeure partie de nos fruits au Languedoc, il nous fournit en retour les 3 quarts des grains dont nous avons besoin pour nous.alimenter.

Nous  lisons du Piemont réuni à la France, du Riz, du Havre, de la soie écrue &c. nous lui donnons en échange des denrées coloniales, du poisson sale, des objets de nos manufactures &c.

Le climat de Nice est un des plus doux & des plus agréables de l’Europe. Ses habitants sont bons & affables. Les Anglais se plaisent beaucoup en temps de paix, un grand nombre de familles distinguées de cette nation viennent l'hiver, y ayant fait bâtir quantité de palais  et y trouvant à louer des maisons commode & agréables que les habitants ont fait construire exprès pour eux. Enfin, mon ami, le séjour à Nice est un diminutif de celui de nos colonies....

XXXXXX

(1)   John Soullier (ou Souillier) était un associé, puis partenaire, lié au réseau Dutilh. Après la dissolution de Dutilh & Wachsmuth en 1797, Wachsmuth s’associa avec John Soullier. Ce partenariat se poursuivit jusqu’en 1814, fonctionnant comme maison de commerce à Philadelphie.

(2)  Les pontons de Plymouth étaient d’anciens navires de guerre désarmés, immobilisés dans la baie de Plymouth (Devon, Royaume‑Uni), et utilisés comme prisons flottantes pour les prisonniers de guerre, notamment français, durant les guerres révolutionnaires et napoléoniennes.

(3) Entre juin 1803 et janvier 1804, la France perd définitivement Saint‑Domingue. La défaite militaire du corps expéditionnaire de Leclerc puis de Rochambeau, suivie de la victoire de Dessalines à Vertières (18 novembre 1803), entraîne l’évacuation massive des Français de la colonie.

Ecrit sur le dos:

A La Colle du Var 7 janvier 1804
Ess—Sue
Recue 16 avril 1804
Répondu le 17 avril
Per Ship Zeluma

Marcophilie 'SHIPet 'NEW YORK APR 13'. Tarif '14-'

 


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